Archive for septembre 2009

La chronique de Rosalie Muswamba: La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, Editions Grasset, Paris, 2008.( de Serge Michel et Michel Beuret)

28 septembre 2009

L’Université populaire Africaine en Suisse a organisé dans le cadre de ses soirées « Conférences Débats » le Mardi 22 Septembre à la salle Thomas Sankara de la Maison des Associations de Genève, une thématique intitulée « La Chine , l’Occident et le pétrole Africain: Enjeux ,défis, perspectives.  Avec pour invité M. Fweley Diangitukwa(RDC) auteur de l’ouvrage  » Les grandes puissances et le pétrole africain. Etats-Unis- Chine : Une compétition larvée pour l’hégémonie planétaire(L’Harmattan, 2009). (www.upaf.ch)

En complément de cette( fort) instructive soirée , notre consoeur Rosalie Muswamba nous propose une reflexion plus approfondie  sur les tenants et aboutissants de la nouvelle stratégie Chinoise de pénétration du continent Africain via le livre écrit à quatre mains par Serge Michel et Michel Beuret  » La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir » Editions Grasset 2008.

 

Cet ouvrage se présente comme une analyse d’un phénomène destiné à peser durablement sur l’évolution du monde au niveau économique, politique, social et sans doute culturel. La Chine en effet , colosse démographique, grande puissance en devenir à la fois crainte et espérée, affirme sa présence partout en Afrique. Cette dernière, marginalisée par la fin de la guerre froide, laminée par les différents plans d’ajustement structurels mais aussi par la mal-gouvernance, semblait avoir été jetée à la périphérie du monde (entre 2 et 4%  du commerce mondial) et avoir disparu du champ d’analyse de tout ce que le monde connaît d’intellectuels, d’économistes et de décideurs politiques. La péjoration des conditions de vie d’une majorité de ses habitants, avec parfois la déliquescence de certains de ses Etats, a nourri  l’afro-pessimisme le plus sévère, et , à la charnière des XXe et XXIe siècles, cette région du monde n’est plus apparue que comme le théâtre de l’humanitaire.

L’ Afrique était-elle sortie de l’histoire aprés avoir eu tant de peine- selon certains beaux esprits- à y entrer?

La voracité de la Chine en matières premières et son implication en Afrique semble cependant marquer l’aube d’un nouveau  » Scramble for  Africa »  tout en (res)suscitant l’intérêt de l’Occident pour le continent noir.  Mais cet  intérêt  avait-il vraiment disparu?  Ne s’était-il pas tout simplement transformé en dédain tranquille pour une région dont les chefs d’Etats, matés et/ou corrompus  avaient pris l’ habitude de faire ce que l’on attendait d’eux sur la scène internationale, c’est à dire mettre à la disposition du monde leurs richesses minières, agricoles, etc, quitte à obérer l’avenir des peuples dont  ils sont responsables.

Toujours est-il que, du Zimbabwe à l’Algérie, du Soudan à l’Angola  en passant par les deux Congo, Pékin bâtit un véritable réseau à travers toute l’Afrique. Et si il apparaît plein de promesses, ce partenariat porte également en lui des contradictions et des périls dont doivent prendre  conscience les leaders Africains d’aujourd’ hui et de demain.

Les auteurs font preuve d’un optimisme prudent et mesuré dans leur analyse, n’ignorant pas les divergences d’intérêt et les incompréhensions pouvant se créer. La Chinafrique renvoie bien sûr à la Françafrique où un seul pays traite avec un continent, comme si il était encore difficile de regarder les nations africaines comme des entités spécifiques ayant leur  identité propre. Il a souvent été dit que l’ indifférence revendiquée par la  Chine face au système de gouvernement de ses partenaires risquait de renforcer les régimes autoritaires et les dictatures. À cet effet  il convient simplement de remarquer que ces gouvernements Africains n’ont pas  franchement  été gênés par les reproches qui leur étaient publiquement adressés par les démocraties dans la mesure où ces dernières les soutenaient en privé si nécessaire.

La démographie chinoise est également un facteur à prendre en compte dans ce partenariat. En effet, même si la politique de contrôle des  naissances la plus sévère qui soit a pu freiner la croissance démographique chinoise, il n’en reste pas moins que l’émigration offre une soupape de sécurité bienvenue à Pékin. L’Afrique , en laissant apparaître des perspectives d’enrichissement  peut ainsi devenir une terre d’accueil pour les Chinois.

Finalement, la présence de la Chine en Afrique, devrait  être intégrée dans une vision et un programme de développement élaboré par les Africains eux-mêmes. Elle ne comporte ni miracle , ni damnation en soi.   

                              Par Rosalie Muswamba.

La part des Noirs dans L’histoire des inventions.

15 septembre 2009

C’est sous la forme littéraire  de  conte allégorique, que Kanyana Mutombo nous fait la narration bien réelle, de la part prise par l’Homme Noir dans les processus d’inventions scientifiques accomplis par l’humanité. Tiré de la revue internationale Regards Africains No49(été-automne 2003) sous le titre de « Que serait le monde sans les inventions noires? » et repris ici bas par le blog de Regaf pour le compte des internautes. Ainsi donc comme l’écrit le journaliste Kanyana Mutombo, « Il était une fois….

…Un groupe de Blancs en avait marre des Noirs. Ces Blancs avaient décidé, d’un commun accord, de s’évader vers un monde meilleur. Ils étaient donc passés par un tunnel trés sombre pour ressortir dans une sorte de zone nébuleuse au coeur d’une Amérique sans Noirs, où toute trace de leur passage avait disparu. Au début, ces Blancs poussèrent un soupir de soulagement. Enfin, se dirent-ils, finis les crimes, la drogue, la violence. Tous les Noirs avaient disparus.

Mais, soudainement, ils furent confrontés à une toute autre réalité. La Nouvelle Amérique n’était plus qu’une grande terre aride et stérile. Les bonnes récoltes étaient rares car le pays s’était jusque-là nourri grâce au travail des esclaves Noirs dans les champs.

Il n’ y avait pas de villes avec d’ immenses gratte-ciel, car Alexander Mills, un Noir, avait inventé l’ascenseur et, sans cette invention, on trouvait trop difficile de se rendre aux étages supérieurs. Il n’y avait pratiquement pas d’automobiles, car c’était Richard Spikes, un Noir, qui avait inventé la transmission automatique. Joseph Gammel, un autre Noir, avait inventé le système de suralimentation pour les moteurs à combustion interne, et Garret A. Morgan, les feux de circulation.

En outre, on ne trouvait plus de réseau urbain express. Son précurseur, le tramway, avait été inventé par Elbert.R. Robinson, un Noir. Et même s’ il y’ avait des rues où pouvaient circuler automobiles et autres rames ferroviaires express, elles étaient jonchées de papier et de déchets, car Charles Brooks, un Noir, avait inventé la balayeuse motorisée. Il y’ avait trés peu de magazines et de livres car John Love avait inventé le taille-crayon. William Purvis, la plume à réservoir, et Lee Burridge, la machine à écrire, sans compter W.A. Lovette avec sa nouvelle presse à imprimer. Tous des Noirs. Même si les Américains avaient pu écrire des lettres, des articles et des livres, ils n’auraient pu les les livrer par la poste, car William Barry avait inventé le tampon manuel et Phillip Downing, la boite aux lettres. Le gazon était  jaunâtre et sec, car Joseph Smith avait inventé l’arrosoir mécanique, et John Burr, la tondeuse à gazon. Lorsque les Blancs entrèrent dans leurs maisons, ils trouvèrent que celles-ci étaient mal aérées et mal chauffées. Hélas, c’était  Frederick Jones qui avait inventé l’air climatisé et Alice Parker, la fournaise. De plus, leurs maisons étaient sombres. Pas étonnant!  Lewis Latimer avait inventé la lampe éléctrique; Michael Harvey, la lanterne, et Grantville T.Woods, l’ interrupteur-régulateur automatique. Enfin leurs maisons étaient sales car c’était Thomas W. Steward qui avait inventé  la  vadrouille, et Lloyds P. Ray, le porte-poussière. Leurs enfants les accueillirent à la porte pieds nus, débraillés et les cheuveux en broussaille. Jan E. Matzelinger avait inventé la machine à formes de chaussures, Walter Sammons, le peigne, Sarah Boone la planche à repasser, et George T. Samon, la sécheuse à linge.  Les Blancs se résignèrent finalement à prendre au moins une bouchée, dans tout ce chambardement. Mais, pas de chance, la nourriture était devenue pourrie car c’était un autre Noir, John Standard, qui avait inventé le réfrigérateur.

N’est-ce pas étonnant?  Que serait le monde moderne sans la contribution des Noirs?  Martin Luther King Jr. a dit un jour « Quand vous êtes prêts à partir pour le travail, sachez que la moitié de toutes les choses et de tous les appareils dont vous êtes servis avant de quitter votre lieu de travail, a été inventée par des Noirs. » 

Tout ça pour vous dire chers frères et soeurs que l’histoire des Noirs ne se résume pas seulement à l’esclavage quand nous pensons à Fréderik Douglas, Martin Luther King Jr, Malcolm X , Marcus Garvey et à Du Bois… » .

                        Kanyana Mutombo.

Sources: Aaron E. Klein, The Hidden Contributors:Black Scientists and Inventors in America,1971; Portia P. James, The Real Mc Coy: African-American Invention and Innovation,1619-1930, Smithsonian Inst. Press, 1990; Herman A. & Barbara H. Young, Scientists in the Black Perspective, 1974.