La chronique de Rosalie Muswamba: La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, Editions Grasset, Paris, 2008.( de Serge Michel et Michel Beuret)

L’Université populaire Africaine en Suisse a organisé dans le cadre de ses soirées « Conférences Débats » le Mardi 22 Septembre à la salle Thomas Sankara de la Maison des Associations de Genève, une thématique intitulée « La Chine , l’Occident et le pétrole Africain: Enjeux ,défis, perspectives.  Avec pour invité M. Fweley Diangitukwa(RDC) auteur de l’ouvrage  » Les grandes puissances et le pétrole africain. Etats-Unis- Chine : Une compétition larvée pour l’hégémonie planétaire(L’Harmattan, 2009). (www.upaf.ch)

En complément de cette( fort) instructive soirée , notre consoeur Rosalie Muswamba nous propose une reflexion plus approfondie  sur les tenants et aboutissants de la nouvelle stratégie Chinoise de pénétration du continent Africain via le livre écrit à quatre mains par Serge Michel et Michel Beuret  » La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir » Editions Grasset 2008.

 

Cet ouvrage se présente comme une analyse d’un phénomène destiné à peser durablement sur l’évolution du monde au niveau économique, politique, social et sans doute culturel. La Chine en effet , colosse démographique, grande puissance en devenir à la fois crainte et espérée, affirme sa présence partout en Afrique. Cette dernière, marginalisée par la fin de la guerre froide, laminée par les différents plans d’ajustement structurels mais aussi par la mal-gouvernance, semblait avoir été jetée à la périphérie du monde (entre 2 et 4%  du commerce mondial) et avoir disparu du champ d’analyse de tout ce que le monde connaît d’intellectuels, d’économistes et de décideurs politiques. La péjoration des conditions de vie d’une majorité de ses habitants, avec parfois la déliquescence de certains de ses Etats, a nourri  l’afro-pessimisme le plus sévère, et , à la charnière des XXe et XXIe siècles, cette région du monde n’est plus apparue que comme le théâtre de l’humanitaire.

L’ Afrique était-elle sortie de l’histoire aprés avoir eu tant de peine- selon certains beaux esprits- à y entrer?

La voracité de la Chine en matières premières et son implication en Afrique semble cependant marquer l’aube d’un nouveau  » Scramble for  Africa »  tout en (res)suscitant l’intérêt de l’Occident pour le continent noir.  Mais cet  intérêt  avait-il vraiment disparu?  Ne s’était-il pas tout simplement transformé en dédain tranquille pour une région dont les chefs d’Etats, matés et/ou corrompus  avaient pris l’ habitude de faire ce que l’on attendait d’eux sur la scène internationale, c’est à dire mettre à la disposition du monde leurs richesses minières, agricoles, etc, quitte à obérer l’avenir des peuples dont  ils sont responsables.

Toujours est-il que, du Zimbabwe à l’Algérie, du Soudan à l’Angola  en passant par les deux Congo, Pékin bâtit un véritable réseau à travers toute l’Afrique. Et si il apparaît plein de promesses, ce partenariat porte également en lui des contradictions et des périls dont doivent prendre  conscience les leaders Africains d’aujourd’ hui et de demain.

Les auteurs font preuve d’un optimisme prudent et mesuré dans leur analyse, n’ignorant pas les divergences d’intérêt et les incompréhensions pouvant se créer. La Chinafrique renvoie bien sûr à la Françafrique où un seul pays traite avec un continent, comme si il était encore difficile de regarder les nations africaines comme des entités spécifiques ayant leur  identité propre. Il a souvent été dit que l’ indifférence revendiquée par la  Chine face au système de gouvernement de ses partenaires risquait de renforcer les régimes autoritaires et les dictatures. À cet effet  il convient simplement de remarquer que ces gouvernements Africains n’ont pas  franchement  été gênés par les reproches qui leur étaient publiquement adressés par les démocraties dans la mesure où ces dernières les soutenaient en privé si nécessaire.

La démographie chinoise est également un facteur à prendre en compte dans ce partenariat. En effet, même si la politique de contrôle des  naissances la plus sévère qui soit a pu freiner la croissance démographique chinoise, il n’en reste pas moins que l’émigration offre une soupape de sécurité bienvenue à Pékin. L’Afrique , en laissant apparaître des perspectives d’enrichissement  peut ainsi devenir une terre d’accueil pour les Chinois.

Finalement, la présence de la Chine en Afrique, devrait  être intégrée dans une vision et un programme de développement élaboré par les Africains eux-mêmes. Elle ne comporte ni miracle , ni damnation en soi.   

                              Par Rosalie Muswamba.

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