Archive for novembre 2009

L’Altermondialisme, l’Afrique et les Africains. (L’Avis non autorisé d’un damné de la terre. Version Algérienne)

20 novembre 2009

C’est (re)parti ! Après les « lendemains qui chantent » et « l’avenir radieux » si chers à ceux qui nous voulaient du bien  malgré nous. Voila les nouveaux chantres d’un « autre monde est possible », version nouveau siècle qui depuis quelques années s’échinent à travers les ONG et autres mouvements du tissu associatif à trouver de nouvelles pistes pour un développement « durable » et « pour tous ».

Malheureusement l’esprit de Porto-Alegre (ville-laboratoire de la démocratie participative d’où est parti l’altermondialisme tel qu’on le connait actuellement) n’y a pas survécu.  La démocratie participative, la taxation des transactions financières et la solidarité active avec les forces vives et les sociétés civiles des pays sous l’emprise conjointe du FMI et de gouvernements dictatoriaux, ont laissé place aux marchepieds des ambitions personnelles, à  la célébrité médiatique et à la concurrence des égos.

Pourtant, lors des premiers forums tenus à Porto-Alegre, de nombreuses pistes et alternatives de gouvernances ont été ébauchées telles que l’idée d’un parlement  international  des citoyens, la notion de dette écologique, l’assouplissement ciblé du droit de propriété intellectuelle ainsi que le concept  révolutionnaire de « décroissance », unique moyen s’il en est de sortir du gouffre tout en nivelant par le bas (subjectivement parlant) le standing de vie des Luxembourgeois et autres citoyens du Liechtenstein ou des improbables sultanat(s) du Brunei, du Qatar ou des Émirats Arabes Unis par exemple. Aussi, le damné de la terre, tel que me qualifia prophétiquement feu Frantz Fanon, soumet à ses lecteurs une série de propositions compatibles avec les réalités du continent noir et applicables en toute urgence pour peu que la volonté politique (extérieure) suive, ce qui est bien entendu une autre histoire.

1) LA GUERRE  AU  COMMERCE  DES  ARMES : Les membres permanents du Conseil de sécurité de L’ONU (USA, Chine, Grande-Bretagne, Russie, France) sont aussi (c’est drôle) les principaux vendeurs d’armes de par le monde. Et ce malgré les habituelles campagnes internationales de sensibilisation à la lutte contre ce fléau entreprises par maintes ONG telle qu’Amnesty International. Il est à relever  aussi, l’inlassable travail de la Fondation ARIAS (Oscar Arias, ancien président du Costa Rica 1)  qui propose la signature d’un traité international qui établirait un lien entre le droit international et le commerce des armes, faisant ressortir ainsi, naturellement, les États « délinquants » grâce à un ensemble de mécanismes empêchant un pays, quel qu’il soit, de passer inaperçu dans un secteur d’activité qui comme chacun le sait,  ne brille pas par sa publicité.

2) IMPOSER LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE :   Une forme d’éducation à la politique et à la citoyenneté par le fait. Concrètement cela consiste en l’implication des citoyens dans les prises de décisions quant à ce qui les concerne directement. Exemple : l’expérience du budget participatif de Porto-Alegre (Brésil) incluant les besoins des populations au premier chef . Ou plus prosaïquement l’assemblée de villages « Arouch » en Kabylie (Algérie) et autres assemblées de « sages » dites  traditionnelles en Afrique subsaharienne, et qui peuvent être revivifiées dans le cadre participatif  d’une gestion des affaires de la cité. En outre, cela  serait d’autant plus aisé étant donnée qu’historiquement et sociologiquement, ces populations ont toujours rejeté peu ou prou  l’ingérence des pouvoirs centralisés.

3) LA DETTE ÉCOLOGIQUE : Inestimable car inquantifiable, cette dette (néanmoins véritable) peut se mesurer par les flux des ressources des pays pauvres (fuites de capitaux, de main d’œuvres et de cerveaux) vers les pays riches. Elle peut se mesurer aussi par les prix inférieurs aux coûts de productions, imposés  par la loi… du marché aux producteurs des pays pauvres, sur des matières premières pourtant indispensables à l’économie… de marché.

4) LE TOURISME ET COMMERCE ÉQUITABLE : D’aucuns savent qu’au jour d’aujourd’hui, le Batave (le Néerlandais) ne va pas en Thaïlande pour apprécier l’air vivifiant de Bangkok, ni au Maroc pour soutenir (sic) les enfants miséreux de Tanger. Or, un tourisme équitable passe par le respect des populations autochtones et de leurs modes de vies, à fortiori lorsqu’elles ne bénéficient pas des protections légales élémentaires censées leur être assurées par leurs propres gouvernements.

Le tourisme équitable induit par définition aussi, l’avènement de la liberté de circulation en tant que droit inaliénable  à la condition d’être humain. Ainsi les populations du Sud doivent pouvoir nonobstant leur position sociale, voyager au même titre que leurs homologues du Nord, ce qui ne revient pas à reconnaître (la nuance est de taille) un »droit à l’invasion » (liberté d’installation).

Quant à l’objectif du commerce équitable, il consiste à rétribuer les producteurs du Sud de façon à ce qu’ils ne soient plus condamnés à vendre à des prix inférieurs au seuil de  rentabilité. Dans les faits cela veut dire : limiter les intermédiaires avant l’arrivée du produit au palais du consommateur tout en changeant les rapports contractuels déséquilibrés sévissant dans les organismes de négociations commerciales tels que la funeste OMC.

5) APPROPRIATION DES RICHESSES (MOYENS DE PRODUCTION) :  Si « la propriété: c’est le vol » tel que le professait Proudhon (Pierre Joseph, 1809-1865) il n’y a donc pas de raison de ne pas se l’approprier (la propriété) collectivement. Ainsi  a-t-on vu au Brésil et en Argentine, suite aux graves crises socio-économiques des années 90 du siècle dernier, les salariés licenciés reprendre en coopératives des entreprises en faillite. La plupart ont essuyé des échecs, mais quelques coopératives « recuperadas » 2   ont permis à leurs employés de garder leurs emplois et leurs revenus, et pour d’autres de redevenir bénéficiaires.

6) LE DROIT D’ASILE POUR LES PERSÉCUTÉS DU SUD ET DE VRAIS DROITS POUR LES ÉTRANGERS : Aujourd’hui, en 2009, les Africains du Nord et subsahariens payent le prix fort d’indépendances confisquées et devenues factices et des guerres civiles savamment entretenues, qui se succèdent depuis lors.

Il est donc moralement et éthiquement inacceptable de continuer à voir des êtres humains criminalisés administrativement par leurs passeports et à peine tolérés socialement. Car, et en laissant de côté cette fois l’aspect moral, il est urgent, voire vital, pour ces « sans droits » de passer par un activisme politique seul à même de leur reconnaître un statut de réfugié (pourtant garanti par les textes de lois de tous les pays signataires de la convention de protection des réfugiés, mais non appliqués). A ce titre l’on voit mal qui, en dehors des ressortissants des pays Africains, en sus de certaines populations provenant de pays d’Asie, pourraient bénéficier de nos jours de la notion de « protection et assistance » inhérente  à l’asile politique en tant que droit. De façon plus générale, les étrangers devront pouvoir jouir à terme des mêmes droits, sur le même sol, nonobstant la qualité néo-aristocratique du ressortissant de « souche », sachant qu’historiquement les pays dits riches se sont fait autant comme tels, si ce n’est plus, grâce à l’ étranger que par les mérites des gens du terroir. Ainsi, le droit de vote et d’éligibilité des étrangers aux consultations locales (communales) est l’un des buts à atteindre le plus vite possible afin de ne pas laisser ces populations remplir le rôle de bouc émissaire si cher à l’extrême droite et les livrer ainsi au lynchage médiatique et par conséquent à la vindicte populaire, comme cela s’est avéré au passé simple et au passé présent. Faire en sorte donc, que ces êtres humains venus d’ailleurs, puissent être autant courtisés par les professionnels de la chasse aux voix électorales, en tant que résidents aux même titre que la population autochtone. Ni plus ni moins.

7) LE DROIT AU COPYLEFT ET AUX LOGICIELS LIBRES :   Littéralement (et sans rire) cela veut dire « gauche d’auteur », un jeu de mots faisant le parallèle avec le « droit(e) d’auteur » (en anglais, « copyright »).

Plus généralement la notion d’échange de savoir, sans nécessairement une contrepartie, quelle qu’elle soit. Ainsi déjà présent ou en avance sur la révolution annoncée, l’exemple des systèmes d’exploitations, de logiciels et de progiciels libres. Exemple : Linux, un des concurrents (à usage gratuit) de Windows. La notion de gratuité s’accommode fort mal des impératifs  de la compétition nécessaire aux marchandisés (exploités) et aux marchandiseurs (sic) (hommes d’affaires). Par contre l’environnement et les conditions économiques prévalant en Afrique se prêtent  naturellement au volontarisme tel que prôné par Linux. Justement, sur ce point précis des nouvelles technologies en guise de réponse à la « fracture numérique ». Laquelle ne pourra que se résorber si on le voulait vraiment et à condition de sortir de la logique de « loi du marché ».

Par ailleurs et dans un domaine plus vital, il est à encourager le recours à la copie (générique) des médicaments de première nécessité tels que les traitements contre le HIV, l’exemple  récent de l’Afrique du Sud démontrant la faisabilité de la chose.

8) LE DROIT AU LOGEMENT ET L’ÉMANCIPATION PAR UNE LIBRE ASSOCIATION : Raisonnablement, le droit à pouvoir se loger. A l’initiative originelle du réseau NO VOX (regroupant des associations actives comme le Droit Au Logement – DAL –  en France, ou le MNL Brésilien) militant pour un droit au logement comme principe constitutionnel. Les occupations de friches industrielles et autres terrains désaffectés mais habitables doivent pouvoir s’opérer en Afrique, sans les systématiques recours à la répression à l’ encontre des populations par les régimes en place. Comme reste à encourager le tissu associatif  Africain extrêmement dynamique, et l’un des rares aspects positifs de la démocratisation des sociétés depuis une décade. Composé de femmes et d’hommes (agriculteurs spoliés, anciens opposants, familles monoparentales matriarcales, jeunes chômeurs bardés de diplômes inutiles) qui ont trouvé par ce biais un moyen de prendre en main leurs vies et d’avoir une chance d’arriver à une maitrise relative et progressive de leurs conditions d’existence. Et c’est par ce biais aussi que les diasporas Africaines (en premier lieu) et la communauté internationale peuvent venir en aide de façon plus efficiente, à tout le moins, et donner corps à la solidarité entre les peuples.

9) SUPPRESSION DES SUBVENTIONS  AGRICOLES  DANS LES PAYS RICHES (CONCURRENCE POUR TOUS OU SUBVENTIONS POUR SOI, IL FAUT CHOISIR) : En septembre 2003 lors du sommet de  L’ OMC à Cancun, au Mexique, quatre pays émergents devenus de nos jours de véritables moyennes puissances (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont entrepris conjointement des démarches officielles au nom de 17 autres pays du Sud, demandant la suppression des subventions automatiques accordées par les pays industrialisés à leurs secteurs agricoles (1 milliard de dollars par jour en 2003). Problème : cette prise en charge bloque techniquement et pratiquement l’accès des produits des pays Africains aux marchés internationaux. En outre, dans beaucoup de cas, les paysans du Sud font l’objet d’un dumping dans leurs exportations agricoles tel que l’a dénoncé et continue de la faire inlassablement l’organisation OXFAM (www.oxfam.org). Localement et plus proche de nous, le combat de la Confédération paysanne (France) est à soutenir, car celle-ci a adopté dans sa charte et dans ses actes le principe d’une agriculture non intensive dans les pays riches tout en réduisant le pouvoir des entreprises tentaculaires dans le domaine de l’agroalimentaire. De plus, l’effet ricochet d’une telle politique agricole prônée par les pays riches aura fatalement comme conséquence, à terme, la généralisation en Afrique des produits OGM, comme cela se voit déjà au Burkina-Faso. L’ argument spécieux de « lutte contre la famine »,  avancé notamment par les USA, est-il recevable ne serait-ce qu’au niveau de la formulation ? Et les brillantissimes (sic) dirigeants Africains sont-ils vraiment conscients de l’enjeu ? Ces questions n’auront peut-être pas de réponses de si tôt, mais elles méritent d’être posées aux premiers concernés.

10) TAXATION DES TRANSACTIONS FINANCIÈRES : Symbole et élément déclencheurs de la lutte altermondialiste débouchant sur la création d’ATTAC en 1997 (Association pour la taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens). À l ‘origine, une idée, celle de James Tobin (professeur d’économie à l’ université de Yale, Usa) qui propose en 1972 de prélever sur chaque transaction opérée dans le cadre du marché de change (achat ou vente de monnaie étrangère) une commission de l’ordre de 0,1 %. D’autres ONG militent pour une taxation des ventes d’armes et pour que les pays les plus riches consacrent 1% de leur PIB à l’aide au développement. L’aléa pour la taxe Tobin, c’est qu’elle pénalise les spéculateurs qui « transac » plusieurs fois par jour d’énormes quantités de devises et dont les activités représentent 98% des 1500 milliards jour qui circulent chaque jour dans le monde (chiffres 2003).  L’ idée a donc été enterrée pour des raisons évidentes de collusion politico-financière et reprise puis remise au goût du jour à la fin du siècle précédent dans le cadre de la problématique Nord-Sud. Autre difficulté, James Tobin lui-même avoue sa réserve (depuis que sa proposition a été réactualisée) sur l’application concrète de ladite taxe.

11) ANNULER LA DETTE PRÉSUMÉE DE L’AFRIQUE :  Le problème de la « fameuse dette » réside essentiellement dans les taux d’intérêts prohibitifs conditionnant les emprunts accordés par les pays riches, entraînant mécaniquement (aidés en cela par la gabegie régnant dans pléthore d’exécutifs Africains) les États emprunteurs dans une spirale de surendettement et les populations dans une paupérisation galopante. Le fameux groupe des huit pays les plus riches du monde par l’intermédiaire de ses organismes financiers (FMI, Banque mondiale) fait tout ce qu’il ne faut pas afin d’alléger le poids de la dette. Ainsi a-t-on vu qu’il n’a accordé par exemple à la fin 2003 que 39 des 850 millions de dollars d’aménagement de la dette promis pourtant dans un accord précédemment conclu.

Par ailleurs, l’idée de la transformation de la dette en micro-crédits accordés directement aux populations (via un mécanisme qui reste à inventer) en vue de leur émancipation, est à développer. Dans le même ordre d’idées, la doléance de l’ économiste Argentin Enrique Arceo, concernant un moratoire sur la mise en faillite des États endettés et la création d’un organisme d’arbitrage adossé à l’ONU mérite le détour.

Oui mais… au delà des discours officiels affichant une pause de compassion, laissant entendre un règlement prochain du problème, un constat limpide s’impose depuis des lustres. D’un côté, des remises généreuses (sic) sur la dette telle que celle du G8 citée plus haut. Et de l’autre, la bride sur le cou des pays récalcitrants ou politiquement un peu trop indépendants  aux yeux du sacro-saint ethnocentrisme érigé en système de valeur. Une véritable stratégie de politique étrangère en somme.

CONCLUSION :  Réalpolitik, cynisme, soumission aux rapports de forces, diplomatie officielle et une autre parallèle, réseaux mafieux se drapant dans les habits de moines soldats et inoffensifs, charité en lieu et place d’une solidarité active, brutalités policières et militaires à l’encontre de populations désarmées, captation de richesses indues entre les mains de quelques familles sont les ingrédients aboutissant à la situation aussi absurde que douloureuse dans laquelle se retrouvent les pays « du Sud », intrinsèquement les plus riches du monde.

En guise de boutade utopique (mais l’utopie a du bon quand il n’y plus rien que le néant) le damné de la terre d’Algérie (tiens donc voila une utopie qui s’est réalisée car qui l’eut cru en 1954) propose dans le cas d’un maintien irréversible de la charge de la dette, de séparer les entités morales que sont les États, des personnes physiques telles que sont certaines oligarchies au pouvoir dans les pays Africains. Ainsi, les créanciers des pays riches recouvriraient par voie de poursuites ordinaires les sommes (faramineuses certes) accordées aux familles régnantes en Afrique et préserveraient, de ce fait, des populations déjà exsangues, d’avoir à régler une facture beaucoup trop salée et totalement injustifiée.  Chiche? A bon entendeur.

Fodil Belhadj.

NDLR: 1) Le Costa Rica, pays entouré d’Etats voisins ayant été en guerre civile (Salvador, Nicaragua) ne possède pas d’ Armée constituée et par conséquent l’un des rares pays de la région à ne pas avoir été en état de guerre.  2)  » Recuperadas » : Entreprises en faillite, récupérées par les salariés sous une forme d’association commerciale collective(coopérative).

Affiche de Rob Blomjous, 1977

 

La Chronique de Rosalie Muswamba.(Tidiane N’dyaye, le génocide voilé, enquête historique, Editions Gallimard,2008)

9 novembre 2009

BY  ROSALIE  MUSWAMBA. ( Historienne, membre fondatrice de l’Université populaire Africaine en Suisse) Genève le 09/11/09.

Les traites négrières Arabo-musulmanes deumeurent relativement peu connues du grand public comparativement à la traite Atlantique, et dans le monde de la recherche universitaire, elles sont bien moins souvent étudiées, même si cela commence à changer. Â travers l’ouvrage présenté ici, l’auteur se propose d’enquêter sur un phénomène  inscrit  dans la longue durée tout en analysant ses mécanismes ainsi que la façon dont  il a contribué à modeler les sociétés Africaines qui ont pu en être victimes et/ou y participer.

Pour évoquer cette page douloureuse de l’Histoire Africaine qui, jusqu’à aujourd’hui  emprisonne les relations du monde noir avec le monde arabo-musulman dans les rets du non-dit , l’auteur n’hésite pas  à parler d’un « génocide voilé » , expression faisant d’ailleurs l’intitulé de son travail. Les traites négrières transaharienne et orientale s’apparentent ainsi à une entreprise délibérée de destruction des peuples qui en furent les victimes, entreprise suivie de la minimisation, voire du déni de ce crime.

Institution plurimillénaire ayant eu droit de cité sur tous les continents et ayant frappé les sociétés les plus diverses tout au long de l’histoire humaine, l’esclavage a cependant  acquis une résonance et une dimension particulière dans la mémoire des peuples négro-africains ainsi que de leurs diasporas. En effet , même si les noirs ne sont  de loin pas les seuls à avoir souffert  de toutes les formes d’asservissement et d’exploitation que peuvent inventer les hommes, ils ont clairement été, et cela depuis au moins les cinq derniers siècles, l’objet d’un déni d’humanité  spécifique du fait de leur « race ».  Le nom même de « traites négrières »  illustre d’ailleurs  trés bien l’aspect racial dans ce processus.

La traite négrière  Atlantique ainsi que l’esclavage qu’elle a alimenté dans les Amériques  et les autres territoires d’outre-mer sous contrôle européen fait aujourd’hui  l’objet d’une réprobation universelle.  La France, pour le moment seule parmi les anciennes nations impliquées dans l’odieux trafic, a même reconnu à travers la « loi Taubira »  la traite négrière et l’esclavagisme comme un crime contre l’humanité.

C’est lâ le fruit d’un long combat commencé avec la lutte désespérée des victimes de la traite négrière et poursuivi  par la détermination des abolitionnistes jusqu’à nos jours . Cependant, la visibilité de la traite négrière Atlantique ainsi que le devoir de mémoire qu’elle appelle occulte quelque peu les traites Transaharienne et orientale. Or , c’est cette occultation , ce « voile » que Tidiane N’Diaye se propose de déchirer dans son travail en décortiquant  le contexte de la mise en place, les mécanismes et l’histoire des traites négrières Arabo-musulmanes . Il s’agit en effet de restituer la dimension génocidaire de ce phénomène dans son déroulement sinon dans la volonté de ses auteurs. Située au carrefour de plusieurs problématiques à forte charge  politique et émotionelle, une telle enquête ne peut manquer de faire débat.

En effet, alors que l’Islam, en tant que religion d’abord, mais aussi en tant que matrice civilisationelle, sociale et culturelle, est regardé avec suspicion aujourd’hui, une telle enquête peut se transformer en élément à charge contre les musulmans. C’est pourquoi  il revient à ces derniers d’examiner et d’analyser les faits historiques sans tabous  et de condamner les crimes commis. Essayer de  faire passer ce genre d’étude pour une attaque- une de plus- contre l’Islam serait en effet aussi peu pertinent que de minimiser la traite  négrière Atlantique à la lumière ici jetée sur les traites orientale et Transaharienne.

Les traites négrières ont largement contribué à péjorer l’ image du Noir dans la conscience des Européens comme des Orientaux. Durant les siècles de grandeur de la civilisation musulmane, la négrophobie  a été portée par des esprits aussi brillants qu’Ibn Khaldun, Ibn Sina- Avicenne- ou Al Mutannabi. (ndlr: Voir à cet effet le dossier: l’ Islam et les Africains: l’autre (raciste) mission civilisatrice. Ainsi que : Mots Fondateurs et Mise en Forme du RACISME  ANTI-NOIR. Paroles Arabes qui créèrent les stéréotypes du Noir.  In Regards Africains  double numéro-47-48 été-automne 2002. p 14, 15- p18,19- p 27 à 31). La lutte contre le racisme  Anti-Noir qui peut aujourd’hui s’exprimer dans le monde Arabo-musulman nécessite entre autres d’en comprendre les racines et ce genre de recherche peut se révéler précieux à cet effet.

Selon l’auteur, les Noirs- dont certaines élites ont aussi tiré profit des traites négrières même si les peuples de l’Afrique subsaharienne y’ont globalement perdu- doivent,  de leur  coté, cesser de refouler cette histoire , même au nom de la fraternité entre victimes du colonialisme et du néo-colonialisme occidental. Les relations entre des peuples qui, aprés tout ont des siècles d’histoire partagée n’en seront que plus saines.

L’esclavagisme persistant en Mauritanie et dont on soupçonne fortement le Soudan  d’y revenir, les tensions raciales qui minent la cohésion de ces deux pays, l’ irrédentisme  touareg au Mali et au Niger témoignent, même si d’autres facteurs interviennent, d’un passé  » qui ne passe pas ».  La déligitimation des traites négrières ainsi que de l’esclavage  a été posée par les Européens dans un contexte colonial en Afrique et dans le monde Arabo-musulman- avec toutes les ambiguités générées par cette situation. Il a d’ailleurs souvent été reproché aux Musulmans – et aux Africains, toutes confessions confondues- de n’avoir  jamais radicalement condamné l’ institution de l’esclavage, d’ou la facilité du retour de telles pratiques en contexte de crise.

Enfin, l’usage d’un terme aussi terrible que celui de « génocide » pourra choquer et certains, dans le grand public comme dans le monde de la recherche universitaire  le rejetteront .  Il est employé par l’auteur  pour rendre compte du caractère proprement inhumain des traites négrières  ainsi que de leurs conséquences sur les hommes et sur les sociétés qui en étaient victimes. En effet , elles portaient en germe l’anéantissement des peuples d’un continent entier- les Amérindiens ou les Aborigènes  d’Australie pourraient témoigner qu’une telle tragédie est possible- et il n’est  tout simplement plus possible de minimiser l’un ou l’autre courant  de traite.

Si cet ouvrage pouvait contribuer à faire prendre conscience de cette nécessité, alors le travail de son auteur n’aura pas été vain.

BY  ROSALIE MUSWAMBA.

-Notes de la rédaction(ref à Regaf no47-48): Fodil Belhadj.

Discours de Thomas Sankara à la Conférence de l’OUA, Addis Abeba, 29.07.1987

9 novembre 2009

Dernier discours de feu Thomas Sankara(Chef d’Etat du Burkina fasso) lors de la conférence de l’OUA(actuelle Union Africaine) en été 1987, quelques semaines avant son assassinat. Droit dans les yeux face aux GUIGNOLS qui nous gouvernent.

Capoiera del Bruto

9 novembre 2009

Inspiré du concept Afro-Bresilien mélant danse aérienne et combat dans le sens noble du terme. El bruto est depuis des années une référence de la Capoiera à Genève. (voir info sur liens mis à disposition).