Lettre à l’armée algérienne

Article signé le 26 mars 2007, au lendemain de la première votation accordée aux ressortissants étrangers résidant à Genève depuis 10 ans.

Quinze ans après le coup d’état du 08 Janvier 1992, dont tu es responsable et coupable, j’ai pu enfin remettre un bulletin de vote dans l’urne d’une élection. En l’occurrence, celle de « ma » ville de Genève le 25 Mars 2007.
Responsable et coupable car jusqu’à preuve du contraire, cela a coûté au peuple Algérien près de 200 000 victimes de mort violente, de 13 à 20 000 disparus sans laisser d’adresse et bien entendu plus d’un million d’exilés forcés sous peine à leur tour de disparaître, selon qu’ils ne soient pas d’accord avec comment disais-tu déjà? Ah oui « L’arrêt du processus électoral » ! Quel joli vocabulaire que voilà disait mon père décédé le 31Janvier 2007, et que je n’ai plus jamais revu depuis ce jour du 3 Août 1993.
Ici en Europe enfin pas tout à fait, en Suisse exactement on appelle cela « Changer de peuple » et toi tu l’as dissous… le peuple, chère Armée Algérienne.
Je disais donc, que j’ai enfin pu me prononcer politiquement parlant à Genève, ma patrie d’adoption dont je connais depuis quinze ans tous les coins et les recoins à mesure que ma ville natale d’Oran se perd dans les dédales de ma mémoire et dont parait-il les mères pleurent silencieusement leurs enfants disséminés à travers le monde et plus jamais revenus.
Plus jamais revenu, pour ce qui me concerne, car hors de question d’avaliser ni de reconnaître en quoi que ce soit le fait accompli que tu as jeté à la face du peuple Algérien au mépris de son droit inaliénable, à se diriger lui-même par lui-même. Cela s’appelle l’autodétermination Chère Armée Algérienne. Algérienne. L’aurais-tu par je ne sais quel crime oublié ? Ah oui j’avais oublié que les Algériens s’étaient « trompés » en mandatant 188 députés du Front islamique du salut. Oui c’est vrai z’avaient qu’à pas voter pour de méchants islamistes, alors que toi tu es tellement, tellement sympathique. Chère Armée Algérienne. C’est tout ce que tu as trouvé comme argument spécieux, s’il en est, pour écraser ton propre peuple et rassurer « ta » communauté internationale…!
Sache donc grande muette puisque tu feins de ne point le comprendre, et à défaut de l’admettre, que démocratie signifie : Se soumettre au verdict des urnes. Elle n’a en aucun cas pour définition les écarts de conduite ou de langage que tout au plus elle tolère, et dont tu es si friande !
Mais puisque tu as pris cette responsabilité de réduire de petits-fils de révolutionnaires, lesquels par définition sont et resteront CITOYENS, en un troupeau de sujets et que tu as gravement confondu le peuple Algérien avec une garderie d’enfants, j’espère alors que tu assumeras donc le jour venu la culpabilité qui va naturellement et obligatoirement avec !
Quand en outre, je vois et constate que tu as privatisé l’Algérie toute entière au profit de quelques uns de tes officiers au mépris de la constitution, que tu maintiens les femmes Algériennes sous l’autorité d’un moyenâgeux code de la famille, et que par dessus le marché (si j’ose dire) il est désormais interdit à tout Algérien de se convertir à une autre religion (loi du 26 Mars 2006) que musulmane, à faire se retourner Saint-Augustin l’Algérien dans sa tombe – As-tu lu Les confessions du natif d’Hippone ? Chère Armée Algérienne ? Non bien-sûr que non ! Autant exiger d’un serial killer d’éprouver l’amour du prochain. Je me dis que le Front islamique du salut n’aurait jamais fait mieux… ou pire c’est selon. Mais dans un cas ou dans l’autre, lui au moins avait le mandat du peuple. Ce mandat que tu n’auras jamais très chère Armée Algérienne… Chère, pour ce que tu nous as coûté. Et ce qu’a coûté la guerre que tu as mené à ton propre peuple.
Quant à tes porte-parole derrière lesquels tu penses pouvoir cacher ton identité de meurtrière, sache qu’ils ne te protégeront pas indéfiniment. Car l’éternité est longue vois-tu ! Et pendant que tu passais tes nuits à réprimer, violer, kidnapper, et spolier. Je passais les miennes à noter scrupuleusement le Quoi, le Où, le Quand, le Qui, le Comment et surtout le Pourquoi ! En d’autres termes : la chronologie des faits.
Celle qui a vu notre peuple avancer lentement mais sûrement dans son processus d’émancipation et donc d’autodétermination, entamé un certain 5 Juillet – lorsque ta composante actuelle d’officiers supérieurs (oui mais supérieurs de quoi ?) s’était muée en résistante de la 25eme heure… – se poursuivre logiquement par une nationalisation des moyens de productions (richesses) pour enfin se parachever croyions-nous par un parlement libre et partant d’un gouvernement émanant de ce conseil du peuple. Avant que tu n’instaures l’état d’urgence en limogeant le peuple, sache très chère qu’il y’avait zéro mort. D’où la chronologie des faits qui commence donc un certain 8 Janvier et dont tu seras quoi qu’il arrive comptable car la justice est longue, lente, si lente à l’échelle d’une vie mais si inexorable pour la doctoresse Es dictature que d’aucun te reconnaissent bien volontiers.
Alors si la prédation et la rapacité qui te caractérisent à l’égard de ton peuple te permettaient ne serait-ce qu’un seul instant, à prendre un tout petit peu de hauteur, je t’invite à lire l’Histoire avec un grand H.
Tu verras que les peuples ne se confondent jamais avec leurs régimes, que lorsque une junte fait ce que tu as fait, elle sait déjà qu’elle ne dormira plus du sommeil du juste… Car ta fin est plus proche désormais que lointaine. C’est inéluctable ! « …Et ce jour là ! » disait Patrice Lumumba !

PS: A toi mon père Djamel, maintenant seulement tu peux reposer en paix!
Pardonne-moi de ne pas être revenu te donner la main à l’orée du profond sommeil. C’est de ta faute car tu m’as appris à mettre mes convictions au dessus de tout. Même de ma vie, même de ta mort.
Et qu’est-ce que le JOURNALISME si ce n’est la mise en pratique d’une conviction !
Alors va pour la rectitude dont tu as fait ta compagne de vie, et va pour cette fichue éducation dont je ne voulais pas car je savais déjà que ma sœur l’humanité était une rapace, mais que je me vois bien obligé à mon corps défendant de perpétuer.
J’écouterai désormais attentivement Léo Ferré…ton prophète ! Que je caricaturais et dédaignais, quand je te l’enlevais du radiocassette pour y mettre en lieu et place les Clash avec leur « assourdissant » « Should i stay or should i go ». Mais maintenant que je suis GO depuis si longtemps et que tu n’es plus là pour l’entendre, je peux enfin te l’accorder. Tu avais raison. »C’est extra »!

[youtube:http://youtu.be/bfHU1AKn8UA%5D

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