Il y a 20 ans jour pour jour. Tahar Djaout !

Connu par le peuple Algérien et entré dans l’Histoire  pour  » sa fameuse » tirade  » ….Si tu parles tu meurs si tu te tais tu meurs, alors parle et meurs!  » .
Tahar Djaout le 1er journaliste Algérien assassiné comme aujourd’hui le 26 mai de l’année 93 du siècle dernier, avant la grande hécatombe que connaitra le pays durant les années suivantes (plus d’une centaine de journalistes et travailleurs dans les médias tués ou disparus à tout jamais), ne saura jamais donc ce que la postérité aura fait de lui à son corps gisant et non défendant!
Né le 11 janvier 1954 à Oulkhou (Ighil Ibahriyen) près d’Azzefoun en Kabylie, Djaout n’a jamais prononcé ni même écrit dans aucun
de ses ouvrages, ni dans aucun article, la phrase citée plus haut .
Recherches faites, il s’agit selon son ami et confrère Mohamed Balhi cité dans le journal El Watan du 29 mai 2008, des mots d’un Palestinien
nommé Moueen Bessissou, sans que l’on sache vraiment à qui était destiné la tirade…..!

 

Toujours est-il qu’en terme de destinée, le boomerang lui revint par l’entremise de trois balles dans la tête tirées par un jeune « Vigile » (titre de l’un de ses romans « Les Vigiles » ) militant du Front Islamique du Salut, au pied de son immeuble en prenant le volant de sa voiture, après huit jours de profond coma, il meurt le 2 juin 1993 exactement à l’hôpital de Bainem .

 

Et moi dans L’Histoire ? :
Le 26 mai 1993 au matin je passe livrer mes derniers papiers à la Rédaction de la Nouvelle République D’Oran, (de mémoire une chronique de Music News (une rubrique musicale hebdomadaire) et un article de reportage factuel. Mon rédacteur en chef  A.A qui se reconnaîtra lui-même, l’oreille
collée au transistor(petit poste de radio) et l’autre main en train d’écrire, Merzougui le journaliste sports de la télé Algérienne passant en coup de vent
et me poussant au passage (il avait une chronique sport à la Nvlle République) plus connu par les Algériens pour  une fameuse tirade (vraie celle-là)
 » …Rah Mechri Rah rah Mechri… »  relative à un match de foot…. !
Comme un clin d’œil à l’Histoire, ce n’est pas à la rédaction du journal que j’apprends la nouvelle de l’attentat sur Tahar Djaout , je dis attentat car ce n’est pas aujourd’hui qu’il sera mort mais dans une semaine, le 2 juin exactement. Non j’apprends la triste information dans la rue ! ( Mais à quoi bon avoir l’oreille collée au transistor en pensant à mon Red en chef , et à quoi bon une radio tout court si l’info dedans est de l’intox ? Des questions d’Algérien un peu normales et un peu anormales…..Passons) .

 

Tahar Djaout et l’Algérie, Tahar Djaout et les Algériens ?
Romancier,Essayiste et journaliste ainsi que poète, Tahar Djaout avait tout d’abord collaboré au journal El Moudjahed (organe officiel du parti unique au pouvoir le FLN). 1976-1979 .
Responsable de la Rubrique culturelle de l’hebdomadaire Algérie-Actualité(1980-1984) il fait découvrir aux lecteurs dont je suis, des pans entiers
de la littérature Algérienne totalement occultés par le régime de l’époque ( donc non instruits à l’école). Mais aussi des peintres tels que Baya, Issiakhem, et Mohamed Khadda.
Il quitte Algérie-Actualité (organe de l’Etat) en 1992 et fonde son propre hebdomadaire « Ruptures » dont le premier numero est imprimé en date du 16 janvier 1993. Il soutient le coup d’Etat militaire du 8 janvier 1992 enlevant au FIS son triomphe aux élections du 26 décembre 1991.
Pour ce qui est du VECU et en tant que témoin oculaire et cible mouvante de l’époque, je peux dire avec le recul qu’il y avait deux couches de
la population Algérienne qui se superposaient. En d’autres termes, une partie la plus grande, celle de ma génération qui ne le connaissait pas ,soit par ignorance soit par des choix de lecture d’obédience Islamiste. Hélas l’Histoire nous apprendra que cette partie là se souleva contre l’autre partie
et le monde incrédule avec nos larmes noyées dans les cendres des cigares de l’armée Algérienne, nous assistâmes à la terreur et aux morts anonymes par sélection Darwinienne selon les têtes pensantes si mal faites du  DRS Algérien (services de sécurité et de sureté de l’armée) .

 

Et une autre partie plus petite, (de la population s’entend), qui l’aimait beaucoup pour ses écrits pour ses positions politiques toujours très progressistes il est vrai, et très en avance sur son temps pour ce qui est des questions sociétales !

 

Hélas mille fois hélas , le terme devenant presque synonyme d’Algérie pour beaucoup de choses, cette partie de la population si cultivée , méprisait
l’autre partie « ignorante » ou « arriérée » c’est selon , juste soit dit en passant parce que cette dite population , une grande partie de la jeunesse de ma génération ne kiffait pas cette littérature, elle préférait les discours enflammés de Ali Benhadj, la littérature de Hassan el Banna (le grand père du
citoyen Suisse Tarik Ramadhan…tiens  tiens encore un clin d’oeil de l’Histoire) . Pour la frange la plus encanaillée et ambiguë de cette partie là de la population, elle était capable de danser sur Khaled et Hasni de faire la transe avec el Zahouania, voire de de déhancher sur Mory Kanté
« yé kéké yé ké …. » Oui je l’ai vu de mes propres yeux en revenant du stade 19 juin (actuellement enfin du nom du héros Ahmed Zabana ) un barbu
dans le quartier des plateaux ou du « plato » selon les Oranais, qui adorait Mory Kanté. Hélas (c’est le thème ) cette partie là de la population rendit
le mépris au quintuple , et nous vîmes des jeunes prendre le maquis et revenir égorger leurs professeurs, leurs proviseurs, leurs « intellectueurs » comme ils les appelèrent désormais, en effet cela faisait un lustre que la classe cultivée voyait mais ne disait pas , se servait mais ne servait pas, collaborait avec le pouvoir puis s’improvisait opposante à la télé, quand les vrais opposants étaient déportés au Sahara.
Résultat de la tragédie tellement prévisible , des compatriotes que l’on aime tous s’entre-tuant , des artistes merveilleux pris dans la tenaille de l’Histoire, des gosses des femmes n’ayant rien demandé à personne, passant de vie à trépas dans des conditions atroces. Des luttes de factions au sein du pouvoir au détriment du peuple en état de saignée grave! Des familles déchirées, des frères l’un avec les « méprisés » l’autre avec les « méprisants »  se considérant comme des ennemis, parce que l’un flic et l’autre islamiste cherchez l’erreur !

 

Morale de L’Histoire:
20 ans plus tard, rien n’a vraiment changé, les Islamistes sont toujours là entrain de gagner partout ou la démocratie se fraye un chemin, et les journalistes Algériens ont arraché leur droit à la liberté au prix du sang et / ou de l’exil ! Rien que pour cela est c’est déjà beaucoup, merci à Tahar
Djaout d’avoir à ce point personnifié le journaliste  Algérien, libre et heureux, car l’ENJEU pour le journaliste Algérien (jurisprudence Djaout) n’est
pas de garder ou pas son job , de plaire ou de lécher au sens du poil un régime quelconque pour être « célèbre ». (enfin de compte un Journaliste a-t-il le droit d’être célèbre, n’a-t-il pas plutôt le devoir  impérieux de prendre le tram et de vivre avec le peuple pour savoir ce qu’il en est!
Ne doit-il pas se poser à terme la question éthique non pas de l’anonymat car cela n’est point possible , mais au moins la question de savoir si c’est vraiment utile voire intelligent de signer des autographes en tant que célébrité? Je m’explique : Que PPDA, Massimo Lorenzi puissent le faire grand bien leur en fasse! Cela fait longtemps que ce sont des « Star » mais plus vraiment des journalistes car cela ne se confond pas avec les relations publiques ! Mais le pire c’est de voir ces tacherons de provinces de Suisse ou d’ailleurs emboiter le pas et à leur tour aposer leur croix de singe, dans des foires de vins ,de livres ou de savons c’est globalement la même chose, à des couples chavirant de bonheur à l’idée d’avoir dans leur meublé la signature du…Singe. Et quand le pire arrive, je sais pas pour vous, mais moi cela me donne souvent envie de vomir(un truc de « bougnoule » sûrement)!
Alors bis repetita en guise de conclusion , rien que pour cela merci Djaout , moi je ne te fête pas si tu permets ,je te pleure avec cette lancinante question en guise de suite du processus: La presse 4eme pouvoir ou 5eme Colonne? Car ceci n’est pas écrit! Fodil Belhadj!

 

Tahar Djaout, L’invention du désert, 1987 :
 » Il y a toujours dans le groupe en marche (en fuite?) un jeune homme à l’esprit délétère qui porte , en plus du poids du ciel affalé sur le désert,
une peine supplémentaire-dans les couloirs de sa tête des milliers de battements d’ailes, des pâturages sans limites ,des filles aux lèvres fruitières.

 

Il connait déjà la mer, la vastitude de l’eau dansante et l’écartèlement des rivages. Une solitude l’enveloppe, lui tisse une aura d’étrangeté, l’exclut de la caravane. C’est pourtant à lui de trouver l’eau, la parole qui revigore, c’est à lui de révéler le territoire-de l’inventer au besoin. C’est à lui de relater l’errance, de déjouer les pièges de l’aphasie,de tendre l’oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées.  »

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