Archive for the ‘Livres’ Category

Parution du livre : « Je me sens d’ici »

7 janvier 2010

Couverture du livre "Je me sens d'ici"Communiqué de presse de la Direction des Edition Regards Africains :

Après les éclaboussures nauséabondes du vote sur les minarets,
un livre redonne ses couleurs à la Suisse tolérante.

Les Editions Regards Africains, à Genève, associées aux Editions du Musée Schwab, à Bienne, ont le plaisir de vous informer de la sortie de leur toute dernière publication, conçue ensemble, « Je me sens d’ici » – « Tu es de chez nous ». Cet ouvrage bilingue (français-allemand) ne pouvait mieux tomber, au lendemain du vote aux relents racistes sur les minarets.

Télécharger le communiqué complet [pdf, 280 ko]

Logo de regards Africains

La Chronique de Rosalie Muswamba.(Tidiane N’dyaye, le génocide voilé, enquête historique, Editions Gallimard,2008)

9 novembre 2009

BY  ROSALIE  MUSWAMBA. ( Historienne, membre fondatrice de l’Université populaire Africaine en Suisse) Genève le 09/11/09.

Les traites négrières Arabo-musulmanes deumeurent relativement peu connues du grand public comparativement à la traite Atlantique, et dans le monde de la recherche universitaire, elles sont bien moins souvent étudiées, même si cela commence à changer. Â travers l’ouvrage présenté ici, l’auteur se propose d’enquêter sur un phénomène  inscrit  dans la longue durée tout en analysant ses mécanismes ainsi que la façon dont  il a contribué à modeler les sociétés Africaines qui ont pu en être victimes et/ou y participer.

Pour évoquer cette page douloureuse de l’Histoire Africaine qui, jusqu’à aujourd’hui  emprisonne les relations du monde noir avec le monde arabo-musulman dans les rets du non-dit , l’auteur n’hésite pas  à parler d’un « génocide voilé » , expression faisant d’ailleurs l’intitulé de son travail. Les traites négrières transaharienne et orientale s’apparentent ainsi à une entreprise délibérée de destruction des peuples qui en furent les victimes, entreprise suivie de la minimisation, voire du déni de ce crime.

Institution plurimillénaire ayant eu droit de cité sur tous les continents et ayant frappé les sociétés les plus diverses tout au long de l’histoire humaine, l’esclavage a cependant  acquis une résonance et une dimension particulière dans la mémoire des peuples négro-africains ainsi que de leurs diasporas. En effet , même si les noirs ne sont  de loin pas les seuls à avoir souffert  de toutes les formes d’asservissement et d’exploitation que peuvent inventer les hommes, ils ont clairement été, et cela depuis au moins les cinq derniers siècles, l’objet d’un déni d’humanité  spécifique du fait de leur « race ».  Le nom même de « traites négrières »  illustre d’ailleurs  trés bien l’aspect racial dans ce processus.

La traite négrière  Atlantique ainsi que l’esclavage qu’elle a alimenté dans les Amériques  et les autres territoires d’outre-mer sous contrôle européen fait aujourd’hui  l’objet d’une réprobation universelle.  La France, pour le moment seule parmi les anciennes nations impliquées dans l’odieux trafic, a même reconnu à travers la « loi Taubira »  la traite négrière et l’esclavagisme comme un crime contre l’humanité.

C’est lâ le fruit d’un long combat commencé avec la lutte désespérée des victimes de la traite négrière et poursuivi  par la détermination des abolitionnistes jusqu’à nos jours . Cependant, la visibilité de la traite négrière Atlantique ainsi que le devoir de mémoire qu’elle appelle occulte quelque peu les traites Transaharienne et orientale. Or , c’est cette occultation , ce « voile » que Tidiane N’Diaye se propose de déchirer dans son travail en décortiquant  le contexte de la mise en place, les mécanismes et l’histoire des traites négrières Arabo-musulmanes . Il s’agit en effet de restituer la dimension génocidaire de ce phénomène dans son déroulement sinon dans la volonté de ses auteurs. Située au carrefour de plusieurs problématiques à forte charge  politique et émotionelle, une telle enquête ne peut manquer de faire débat.

En effet, alors que l’Islam, en tant que religion d’abord, mais aussi en tant que matrice civilisationelle, sociale et culturelle, est regardé avec suspicion aujourd’hui, une telle enquête peut se transformer en élément à charge contre les musulmans. C’est pourquoi  il revient à ces derniers d’examiner et d’analyser les faits historiques sans tabous  et de condamner les crimes commis. Essayer de  faire passer ce genre d’étude pour une attaque- une de plus- contre l’Islam serait en effet aussi peu pertinent que de minimiser la traite  négrière Atlantique à la lumière ici jetée sur les traites orientale et Transaharienne.

Les traites négrières ont largement contribué à péjorer l’ image du Noir dans la conscience des Européens comme des Orientaux. Durant les siècles de grandeur de la civilisation musulmane, la négrophobie  a été portée par des esprits aussi brillants qu’Ibn Khaldun, Ibn Sina- Avicenne- ou Al Mutannabi. (ndlr: Voir à cet effet le dossier: l’ Islam et les Africains: l’autre (raciste) mission civilisatrice. Ainsi que : Mots Fondateurs et Mise en Forme du RACISME  ANTI-NOIR. Paroles Arabes qui créèrent les stéréotypes du Noir.  In Regards Africains  double numéro-47-48 été-automne 2002. p 14, 15- p18,19- p 27 à 31). La lutte contre le racisme  Anti-Noir qui peut aujourd’hui s’exprimer dans le monde Arabo-musulman nécessite entre autres d’en comprendre les racines et ce genre de recherche peut se révéler précieux à cet effet.

Selon l’auteur, les Noirs- dont certaines élites ont aussi tiré profit des traites négrières même si les peuples de l’Afrique subsaharienne y’ont globalement perdu- doivent,  de leur  coté, cesser de refouler cette histoire , même au nom de la fraternité entre victimes du colonialisme et du néo-colonialisme occidental. Les relations entre des peuples qui, aprés tout ont des siècles d’histoire partagée n’en seront que plus saines.

L’esclavagisme persistant en Mauritanie et dont on soupçonne fortement le Soudan  d’y revenir, les tensions raciales qui minent la cohésion de ces deux pays, l’ irrédentisme  touareg au Mali et au Niger témoignent, même si d’autres facteurs interviennent, d’un passé  » qui ne passe pas ».  La déligitimation des traites négrières ainsi que de l’esclavage  a été posée par les Européens dans un contexte colonial en Afrique et dans le monde Arabo-musulman- avec toutes les ambiguités générées par cette situation. Il a d’ailleurs souvent été reproché aux Musulmans – et aux Africains, toutes confessions confondues- de n’avoir  jamais radicalement condamné l’ institution de l’esclavage, d’ou la facilité du retour de telles pratiques en contexte de crise.

Enfin, l’usage d’un terme aussi terrible que celui de « génocide » pourra choquer et certains, dans le grand public comme dans le monde de la recherche universitaire  le rejetteront .  Il est employé par l’auteur  pour rendre compte du caractère proprement inhumain des traites négrières  ainsi que de leurs conséquences sur les hommes et sur les sociétés qui en étaient victimes. En effet , elles portaient en germe l’anéantissement des peuples d’un continent entier- les Amérindiens ou les Aborigènes  d’Australie pourraient témoigner qu’une telle tragédie est possible- et il n’est  tout simplement plus possible de minimiser l’un ou l’autre courant  de traite.

Si cet ouvrage pouvait contribuer à faire prendre conscience de cette nécessité, alors le travail de son auteur n’aura pas été vain.

BY  ROSALIE MUSWAMBA.

-Notes de la rédaction(ref à Regaf no47-48): Fodil Belhadj.

La chronique de Rosalie Muswamba: La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, Editions Grasset, Paris, 2008.( de Serge Michel et Michel Beuret)

28 septembre 2009

L’Université populaire Africaine en Suisse a organisé dans le cadre de ses soirées « Conférences Débats » le Mardi 22 Septembre à la salle Thomas Sankara de la Maison des Associations de Genève, une thématique intitulée « La Chine , l’Occident et le pétrole Africain: Enjeux ,défis, perspectives.  Avec pour invité M. Fweley Diangitukwa(RDC) auteur de l’ouvrage  » Les grandes puissances et le pétrole africain. Etats-Unis- Chine : Une compétition larvée pour l’hégémonie planétaire(L’Harmattan, 2009). (www.upaf.ch)

En complément de cette( fort) instructive soirée , notre consoeur Rosalie Muswamba nous propose une reflexion plus approfondie  sur les tenants et aboutissants de la nouvelle stratégie Chinoise de pénétration du continent Africain via le livre écrit à quatre mains par Serge Michel et Michel Beuret  » La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir » Editions Grasset 2008.

 

Cet ouvrage se présente comme une analyse d’un phénomène destiné à peser durablement sur l’évolution du monde au niveau économique, politique, social et sans doute culturel. La Chine en effet , colosse démographique, grande puissance en devenir à la fois crainte et espérée, affirme sa présence partout en Afrique. Cette dernière, marginalisée par la fin de la guerre froide, laminée par les différents plans d’ajustement structurels mais aussi par la mal-gouvernance, semblait avoir été jetée à la périphérie du monde (entre 2 et 4%  du commerce mondial) et avoir disparu du champ d’analyse de tout ce que le monde connaît d’intellectuels, d’économistes et de décideurs politiques. La péjoration des conditions de vie d’une majorité de ses habitants, avec parfois la déliquescence de certains de ses Etats, a nourri  l’afro-pessimisme le plus sévère, et , à la charnière des XXe et XXIe siècles, cette région du monde n’est plus apparue que comme le théâtre de l’humanitaire.

L’ Afrique était-elle sortie de l’histoire aprés avoir eu tant de peine- selon certains beaux esprits- à y entrer?

La voracité de la Chine en matières premières et son implication en Afrique semble cependant marquer l’aube d’un nouveau  » Scramble for  Africa »  tout en (res)suscitant l’intérêt de l’Occident pour le continent noir.  Mais cet  intérêt  avait-il vraiment disparu?  Ne s’était-il pas tout simplement transformé en dédain tranquille pour une région dont les chefs d’Etats, matés et/ou corrompus  avaient pris l’ habitude de faire ce que l’on attendait d’eux sur la scène internationale, c’est à dire mettre à la disposition du monde leurs richesses minières, agricoles, etc, quitte à obérer l’avenir des peuples dont  ils sont responsables.

Toujours est-il que, du Zimbabwe à l’Algérie, du Soudan à l’Angola  en passant par les deux Congo, Pékin bâtit un véritable réseau à travers toute l’Afrique. Et si il apparaît plein de promesses, ce partenariat porte également en lui des contradictions et des périls dont doivent prendre  conscience les leaders Africains d’aujourd’ hui et de demain.

Les auteurs font preuve d’un optimisme prudent et mesuré dans leur analyse, n’ignorant pas les divergences d’intérêt et les incompréhensions pouvant se créer. La Chinafrique renvoie bien sûr à la Françafrique où un seul pays traite avec un continent, comme si il était encore difficile de regarder les nations africaines comme des entités spécifiques ayant leur  identité propre. Il a souvent été dit que l’ indifférence revendiquée par la  Chine face au système de gouvernement de ses partenaires risquait de renforcer les régimes autoritaires et les dictatures. À cet effet  il convient simplement de remarquer que ces gouvernements Africains n’ont pas  franchement  été gênés par les reproches qui leur étaient publiquement adressés par les démocraties dans la mesure où ces dernières les soutenaient en privé si nécessaire.

La démographie chinoise est également un facteur à prendre en compte dans ce partenariat. En effet, même si la politique de contrôle des  naissances la plus sévère qui soit a pu freiner la croissance démographique chinoise, il n’en reste pas moins que l’émigration offre une soupape de sécurité bienvenue à Pékin. L’Afrique , en laissant apparaître des perspectives d’enrichissement  peut ainsi devenir une terre d’accueil pour les Chinois.

Finalement, la présence de la Chine en Afrique, devrait  être intégrée dans une vision et un programme de développement élaboré par les Africains eux-mêmes. Elle ne comporte ni miracle , ni damnation en soi.   

                              Par Rosalie Muswamba.

L’invitée de Regafodil: Rosalie Muswamba.

26 juin 2009

Rosalie Muswamba est  née le 25 fevrier 1969 en République démocratique du Congo. Historienne, professeur de langues, elle est aussi rédactrice au sein de la revue internationale Regards Africains et membre fondatrice de l’universitée populaire Africaine en Suisse.

Invitée par le blog Regard Africain de Fodil Belhadj, elle interviendra via une chronique littéraire par des articles et autres écrits en rapport avec l’édition romanesque Africaine ainsi que des essais, biographies,et ouvrages.

Elle participera pour notre plus grand plaisir et celui de nos lecteurs à l’enrichissement du journal et à son évolution. Elle nous fait découvrir dans ce qui suit par l’entremise de sa plûme un écrivain Sénégalais incarnant par son aventure l’immense  tragédie vécue par des milliers de jeunes Africains. Lesquels, transis par l’énergie du désepoir n’hésitent plus à embarquer dans des radeaux de fortune pour rejoindre l’eldorado européen. Fodil Belhadj.

Omar Ba. Ed. Max Milo

Omar Ba. Ed. Max Milo

Omar BA, Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus. Max Milo Editions, Paris, 2009. By Rosalie Muswamba.

Ce récit en partie autobiographique d’un immigré africain en France se veut d’abord le témoignage d’une désillusion face à l’ Eldorado européen en même temps qu’une leçon d’espoir face à l’avenir de l’Afrique et de ses populations.

L’immigration africaine en direction de l’ Europe et de l’Amérique du Nord occupe une place croissante dans le débat politique au sein des sociétés d’accueil  ou certains partis politiques – plus forcément classés à l’extrême droite- n’hésitent plus à faire de ce phénomène qui angoisse une partie de la population, un argument privilégié pour accéder au pouvoir.

 travers son parcours personel ainsi que celui d’autres migrants croisés sur son chemin, l’auteur analyse dans la première partie de son ouvrage, la construction et le maintien en Afrique du mythe d’un Occident riche ou la vie est facile. Les si nombreux candidats au départ qui souvent se débattent dans un quotidien difficile rêvent ainsi de pouvoir y’acquérir une formation, ou de trouver un travail leur permettant d’assister la famille restée sur place.

Aussi compréhensibles que lui paraissent les raisons invoquées par les candidats africains à l’émigration(légale ou clandestine), et sans vouloir faire de l’Occident une annexe de l’enfer, Omar BA souhaite désacraliser les conditions de vie en Occident, principalement pour les migrants. Dans cette partie du monde, il devient également plus difficile de trouver un travail dont on puisse vivre dignement, il devient plus difficile de se loger, de manger, de se soigner, etc. Il devient plus difficile, même pour les occidentaux eux-mêmes de s’extraire de la pauvreté. Â cette aune- lâ, le migrant fait souvent face aux mêmes blocages qu’ il avait espérélaisser derrière lui, le racisme et la précarité en plus.

Jumeau inversé du mythe de l’Occident paradisiaque, le mythe d’une Afrique infernale, irrémédiablement bloquée dans sa misère, sa violence et ses archaismes, est également à déconstruire. C’ est ce à quoi s’emploie Omar BA dans la seconde partie de son travail, avec l’espoir de contribuer à restaurer chez les Africains la foi dans leur continent. Â travers le récit d’expériences de retours réussies , il entend montrer qu’il est  possible de se bâtir un bel avenir en Afrique. Témoigner de ce genre de parcours permettra peut-être dans les prochaines années d’amorcer un mouvement de retour vers le pays natal ou le pays d’origine de ces migrants végétant en Europe ou en Amérique du Nord.

Ce livre, bien écrit et agréable à lire est un témoignage personnel avec ce que cela peut comporter de subjectivité. Il demeure intéressant par sa volonté de déconstruire les mythes entourant la vie en Afrique comme en Occident, sans occulter les difficultés mais aussi les opportunités auxquelles on risque de faire face. Même si les conditions matérielles diffèrent d’un continent à l’autre, il n’est pas inutile de rappeler que la question  » Pourquoi et comment dois-je vivre? » , se pose à tous à un moment donné.

Cet ouvrage écrit, édité et probablement lu en Occident risque cependant de rencontrer les mêmes difficultés que les travaux produits dans un environnement et un contexte similaire: manquer une large partie de son public-cible, à savoir, les candidats au départ en Afrique même. Ceux que l’auteur atteindra néanmoins seront probablement tentés de lui reprocher de tenir ce discours bien à l’abri en France. Et si Omar BA exprime dans ces pages le souhait de pouvoir rentrer, il ne sera cru que le jour ou il l’aura fait.

Rosalie Muswamba.